Détention d’un bien en Espagne via une société étrangère : aspects fiscaux

21 octobre 2025

Détention d’un bien en Espagne via une société étrangère : aspects fiscaux

Acquérir un bien immobilier en Espagne par l’intermédiaire d’une société étrangère est une option régulièrement étudiée par de nombreux investisseurs internationaux, notamment les francophones et français qui souhaitent investir à Valencia. Ce montage attire par ses promesses d’optimisation fiscale et de flexibilité de gestion, mais il soulève également de nombreuses questions en matière de fiscalité, de déclarations et de conformité réglementaire.

Cette méthode de détention présente des avantages, mais expose aussi l’investisseur à certains risques fiscaux et à des obligations précises auprès des autorités espagnoles. Dans cet article, nous détaillons l’ensemble des aspects fiscaux liés à la détention d’un bien en Espagne via une société étrangère, les points de vigilance, et les stratégies légales envisageables pour optimiser son investissement immobilier à Valencia ou ailleurs en Espagne.

1. Risques fiscaux liés à la détention d’un bien en Espagne via une société étrangère

Évitement et requalification fiscale

Opter pour une détention offshore en Espagne à travers une société immatriculée à l’étranger (Société Civile Immobilière – SCI, Limited Liability Company – LLC, etc.) peut être perçu par les autorités fiscales espagnoles comme une stratégie d’optimisation fiscale agressive. En effet, si la société est créée principalement pour réduire l’imposition ou pour dissimuler l’identité réelle du propriétaire, les administrations fiscales espagnoles (Agencia Tributaria) et françaises peuvent considérer cela comme de l’évitement fiscal, voire de l’abus de droit.

L’Espagne a aussi adopté des dispositifs anti-abus pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, notamment en ce qui concerne les biens immobiliers détenus par des sociétés étrangères. Ainsi :

  • Si une société étrangère détient un bien immobilier principalement utilisé à des fins personnelles ou familiales par les associés, le fisc espagnol peut requalifier la détention et imposer le bien comme s’il était détenu directement par les personnes physiques.
  • Les conventions fiscales bilatérales, notamment entre la France et l’Espagne, prévoient que l’imposition des revenus immobiliers revienne au pays de situation de l’immeuble. Toute structuration abusive, notamment via paradis fiscaux, peut donc être remise en cause.

Risques de double imposition

Lorsque le bien est détenu via une société étrangère, une double imposition peut survenir :

  • Sur les revenus générés en Espagne (loyers), d’abord imposés dans le cadre fiscal espagnol, puis potentiellement soumis à l’impôt sur les sociétés du pays étranger.
  • Sur les plus-values de cession, imposables dans le pays de situation de l’actif immobilier et parfois au niveau de la société étrangère, selon les traités fiscaux signés.

Lutte contre le blanchiment et transparence fiscale

L’usage de structures offshore en Espagne ou dans des juridictions à fiscalité privilégiée attire la vigilance des autorités. Depuis l’application des directives européennes (notamment DAC6), toute opération transfrontalière impliquant une société écran doit être déclarée. Le registre des bénéficiaires effectifs rend obligatoire l’identification des personnes physiques se cachant derrière les sociétés.

2. Déclarations obligatoires lors de la détention d’un bien en Espagne via une société étrangère

La détention d’un bien immobilier à Valencia (ou en Espagne) via une structure étrangère oblige le propriétaire à respecter toute une série de déclarations fiscales et réglementaires, tant en Espagne que dans son pays de résidence.

Obligations fiscales en Espagne

  • Dépôt de la déclaration de non-résident (Modelo 210) : toute société étrangère détenant un bien en Espagne doit déclarer les revenus fonciers ou la disponibilité du bien, même en l’absence de location.
  • Paiement de l’Impuesto sobre Bienes Inmuebles (IBI) : taxe foncière annuelle due à la mairie du lieu de situation du bien.
  • Paiement de l’Impuesto sobre la Renta de no Residentes (IRNR) : impôt sur le revenu des non-résidents. Les revenus locatifs sont taxés à 19% (pour sociétés européennes) ou 24% (hors UE).
  • Déclaration et paiement de la Plus-Value municipale (IAJD) lors de la revente du bien.
  • Déclaration de la Taxe sur la fortune (Impuesto sobre el Patrimonio) pour certains actifs supérieurs à un seuil.
  • Registre des bénéficiaires effectifs : dépôt de l’identité des véritables propriétaires auprès des autorités espagnoles.

Obligations dans le pays de résidence (exemple France)

  • Déclaration de la détention d’actifs à l’étranger (formulaire 3916 bis en France) sous peine de lourdes amendes.
  • Déclaration et intégration des revenus immobiliers étrangers dans le revenu global soumis à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés selon le cas.
  • Application éventuelle de la convention fiscale France-Espagne pour éviter la double imposition, avec obligation de justifier les impôts effectivement payés en Espagne.

Déclarations anti-blanchiment et contrôle des flux financiers

Les structures offshore sont dans le viseur des autorités européennes. L’Espagne collabore désormais largement avec d’autres pays pour le partage automatique de données bancaires et fiscales (CRS). Les sociétés étrangères et leurs bénéficiaires doivent prouver l’origine des fonds et la transparence de la structure. Toute anomalie peut entraîner des investigations patrimoniales.

3. Stratégies légales : comment optimiser votre fiscalité immobilière à Valencia

Face à la complexité et la rigueur des dispositifs fiscaux espagnols, il est nécessaire d’adopter des stratégies transparentes et légales pour optimiser sa fiscalité immobilière lors d’un investissement à Valencia via une société étrangère.

Optimiser la structure juridique : société espagnole ou européenne

Créer une structure locale (type Sociedad Limitada – SL en Espagne) ou une société étrangère dans un pays à fiscalité synchronisée avec l’Espagne (UE, EEE) permet parfois une gestion plus souple et conforme :

  • Fiscalité espagnole pleinement assumée, avec application des conventions fiscales bilatérales et des abattements locaux.
  • Possibilité d’amortir fiscalement le bien immobilier, de déduire certaines charges (travaux, honoraires, intérêts d’emprunt) dans le calcul du résultat imposable.
  • Transparence accrue auprès des autorités fiscales ; plus faible risque de requalification.

Recourir à la transparence fiscale et à la déclaration volontaire

La transparence fiscale et la déclaration proactive des revenus générés en Espagne, que ce soit par une société étrangère ou directement, permettent d’accéder à certains dispositifs de réduction d’impôt et de minimiser le risque de pénalités :

  • Remplir scrupuleusement les obligations déclaratives dans les deux pays.
  • Conserver toutes les preuves de paiement des taxes et impôts en Espagne.
  • Solliciter un certificat de résidence fiscale pour activer les conventions bilatérales.

Privilégier la structure sociétaire pour des cas particuliers

La détention via une société étrangère a du sens principalement si :

  • L’investissement immobilier porte sur plusieurs biens ou sur des opérations professionnelles (colocation, location meublée touristique).
  • Il existe un objectif patrimonial, successoral ou de transmission familiale.
  • L’investisseur est une personne morale ou exerce une activité commerciale déclarée.

Dans tous les autres cas, notamment pour les achats de biens à usage personnel ou familial, la détention directe par une personne physique est généralement plus simple, légale et moins exposée à la requalification et aux contrôles.

Éviter les paradis fiscaux et structures opaques

Depuis l’adoption des réglementations anti-blanchiment et anti-évasion, l’usage d’une société située dans un paradis fiscal (non-coopératif ou ne respectant pas l’échange d’informations automatique) expose le propriétaire à :

  • Une imposition d’office à des taux confiscatoires en Espagne (jusqu’à 3% de la valeur cadastrale pour les sociétés écran).
  • Des sanctions administratives et pénales dans le pays de résidence.
  • Une impossibilité de justifier l’origine des fonds lors de la revente ou du rapatriement de capitaux.

Il est donc conseillé de favoriser des structures de détention transparente et de se faire accompagner par un conseiller fiscal spécialisé en immobilier international et dans le marché immobilier espagnol.

FAQ

Est-il légal de détenir un bien immobilier en Espagne via une société étrangère ?

Oui, la législation espagnole autorise la détention d’un bien immobilier par une société étrangère, à condition que toutes les obligations fiscales et déclaratives soient respectées tant en Espagne que dans le pays de résidence du bénéficiaire effectif. Néanmoins, le montage doit être justifié par des motifs patrimoniaux, familiaux ou commerciaux légitimes pour éviter toute suspicion d’évasion ou d’optimisation fiscale abusive.

Quels sont les principaux impôts payés par une société étrangère propriétaire d’un bien à Valencia ?

La société étrangère doit s’acquitter de plusieurs impôts en Espagne : l’IBI (taxe foncière), l’IRNR (impôt sur le revenu des non-résidents, taxant les loyers ou l’utilisation du bien), la taxe sur la fortune si applicable et la plus-value municipale lors de la revente. Il peut également y avoir des obligations déclaratives sur les bénéficiaires effectifs.

Quels risques si j’utilise une structure offshore pour acheter un bien immobilier à Valencia ?

L’utilisation d’une société offshore située dans un paradis fiscal ou non transparente aux yeux du fisc espagnol peut entrainer une imposition forfaitaire très lourde (jusqu’à 3% de la valeur du bien), des sanctions, voire une remise en cause totale de la structure lors de contrôles fiscaux. La transparence, la conformité déclarative et la preuve de l’origine des fonds sont aujourd’hui incontournables.

Quelle est la meilleure structure pour investir dans l’immobilier à Valencia ?

La meilleure structure dépend de votre profil d’investisseur : pour un investissement patrimonial ou familial, l’achat en nom propre (personne physique) est souvent plus simple. Pour des investissements professionnels ou l’achat de plusieurs biens, une société espagnole type SL offre généralement plus de flexibilité et de sécurité fiscale. Chaque cas doit être étudié avec un professionnel du droit fiscal transfrontalier.

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